"Je puis regretter d'avoir menti, d'être la cause de ruines et de souffrances, mais fussé-je sur le point de mourir, je ne pourrais me repentir d'avoir aimé."
______________________________________________________
Respiration saccadée, yeux noircis par le désir, regard nourri d'envie, mains baladeuses, fouineuses, exploratrices, corps vivants par le toucher de l'autre. S'il y avait bien quelque chose dont ils ne seraient jamais fiers, ce seront ces moments où ces deux âmes s½urs auront franchi la limite interdite. Ils ne pouvaient pas, mais ils le voulaient. Ils se désiraient tant que leurs gestes et leurs pensées n'étaient plus dictés par leur raison. Tout ça avait dépassé le stade des enfantillages de mômes qui se découvrent. S'ils avaient su ...
Tandis que Tom couchait Abby sur son grand lit, son regard se dissipa un instant vers l'extérieur où les étoiles parsemaient le ciel. En temps normal, ils les auraient regardées ensemble, enlacés comme à leur habitude. Mais ce soir, ils avaient des choses plus fortes plus intenses, plus vraies à se raconter. A défaut de mots, leurs corps parlaient pour eux. La grande brune passa ses douces mains sous le t-shirt du dreadeux pour caresser doucement son ventre. Partagée entre l'envie de lui sourire pour lui assurer que tout irait bien et celle de tout arrêter sur le champ tant la situation était absurde, Abby se contenta de se laisser aller à ses convoitises. Comme possédée par une entité extérieure, elle se releva légèrement pour venir capturer les lèvres de son amant qui à son tour, passa à l'action en retirant son t-shirt qu'Abby portait si bien. Il découvrit à nouveau ses belles courbes ainsi que son teint naturellement et légèrement hâlé. Saveurs exquises. Ses grandes mains passèrent le long de son corps pour venir se placer à l'arrière de ses cuisses et ainsi, avoir l'accès à son entre-jambe contre lequel il déposa doucement son bassin. Abby ne put réprimer un gémissement lorsque Tom entama un lent mouvement de bassin contre ses parties sensibles. C'était si bon de le sentir contre elle qu'elle en ronronna de plaisir, amenant sa bouche au creux de son oreille pour lui murmurer des mots doux. Une sorte de transe inexplicable avait pris possession de leurs corps et rien ni personne n'aurait pu venir gâcher ce moment de communion des plus intimes. Tom n'avait cessé ses va et vient contre Abby. Le désir montait en lui en un degré supérieur si bien que ses à-coups devenaient de plus en plus rapide et appuyés. Ils gémirent de plus en plus forts accélérant toujours plus leurs mouvements
- Oh, Tomi ...
Si bon qu'ils en crèveraient.
Tom avait ses bras de part et d'autre du visage de sa petite protégée comme pour lui montrer que, malgré la situation, il serait là pour elle. Toujours. A cette pensée, il baissa la tête et vit son corps collé à celui d'Abby comme jamais il ne l'avait été auparavant. Trop proches. Les larmes lui montaient aux yeux mais il était incapable de s'arrêter, emporté par sa fougue d'adolescent amoureux. Ou plus encore. Il ne comprenait pas la nature de leurs gestes, il ne comprenait plus rien. Perdus au milieu de leurs sentiments, Tom et Abby s'aimaient comme jamais ils ne l'avaient fait. Soudain, une vague de chaleur mêlée à une multitudes de frissons parcourut ses orteils, ses pieds, ses jambes, son ventre, ses bras, et son esprit se déconnecta de son corps durant quelques instants. Abby enfonça ses doigts dans le dos tendu de Tom et donna un dernier coup de bassin contre son entre-jambe qui avait atteint cet autre monde tant recherché par le genre humain.
...
-
C'est fou comme les portes ont claquées hier soir ricana la pimbêche ayant servi de défouloir à Bill la nuit dernière
Tu n'as rien entendu mon p'tit Billou ? Moi ça m'a même réveillé et je ne suis pas arrivée à me rendormir avant une heure ! poursuivit-elle, faussement outrée, ses cheveux virevoltants au rythme de ses brassées inutiles dans l'air.
Le principal concerné ne répondit pas, trop occupé à garder le contrôle de soi face à l'attitude horripilante de ... comment s'appelait-elle déjà ? Putain, mais heureusement qu'il était une nouvelle fois complètement plein pour ne pas s'être rendu compte de sa voix minaudant à tout bout de champ sur des sujets sans la moindre importance. Heureusement pour elle oui, car il l'aurait sans aucun doute virer de la plus belle façon qu'il soit. Bill n'était pas un gentleman dans l'âme, au contraire.
-
Billou ? Tu m'entends ? insista-t-elle, se trémoussant sur sa chaise en faisant par la même occasion bouger ses seins et onduler ses cheveux dans son dos.
-
Hm ... Tom ne put réprimer un rire tant cette fille était une caricature. Visiblement, son frère était tombé bien bas ... Bill ne releva pas le sarcasme de son jumeau et se contenta de fulminer de l'intérieur. Bill pouvait se révéler piètre comédien dans certaines circonstances.
Quand le rideau tomberait-il?Tous étaient réunis dans la cuisine savourant miette par miette leur petit-déjeuner sans saveur tant l'atmosphère était lourde. Les regards étaient fuyants, les esprits honteux, si bien que tous, sauf Pamela, avaient leur nez baissé dans leurs bols de céréales respectifs. La plus calme et silencieuse était sans conteste Abby qui, elle, n'avait même pas touché à un seul de ses corn-flakes désormais immangeables car devenus trop mous au contact prolongé du lait dans lequel ils baignaient depuis maintenant de longues, trop longues minutes. Des minutes interminables par le poids de leur silence. Silence brisé par les maigres tintements des cuillères tourbillonnant sans faim dans le bol dont le tournoiement pourrait illustrer les pensées ponctuelles des trois adolescents.
Tourmentes.
-
Bill ! Pourquoi tu ne me réponds pas enfin, ça fait dix minutes que je te parle et j'ai l'impression que tu n'écoutes pas un mot de ce que je te dis ! -
Ouais, pour parler, tu parles ... ronchonna Bill, les yeux rivés sur un magasine qui trainait sur la table. Tout était prétexte a donner l'illusion qu'il prenait cette situation de manière tout à fait détachée. En feuilletant distraitement les pages d'un tas d'infos inintéressantes sur les « pipoles », par exemple.
-
Pardon ? Qu'est-ce que tu as dis ? Si je te dérange tu le dis hein ! s'offensa soudain Pamela encore très douce et câline envers l'androgyne quelques secondes auparavant.
Non mais je rêve ! -
Bon Truc, il serait peut-être temps que tu prennes tes affaires et que tu déguerpisses d'ici en vitesse. Au cas où cela aurait échappé à ton cerveau, surdéveloppé je n'en doute pas, personne n'a envie de t'écouter jacasser pendant encore des heures ici. La porte est au fond du couloir, tu nous en veux pas si on ne t'accompagne pas, hein dit Tom, prenant la parole pour son jumeau en détresse. Il fut ravi de son effet et afficha un sourire hypocrite à Pamela en lui indiquant la porte d'entrée.
-
Puisque c'est comme ça .. très bien ! je m'en vais et ne comptez pas sur moi pour remettre un pied ici ! vociféra-t-elle en attrapant ses deux sacs de marque avant de s'engouffrer sur ses talons hauts dans le corridor.
« Bon débarras » pensèrent-ils tous.
Quelques secondes passèrent, une mouche vola et la porte claqua dans un bruit assourdissant qui rappelait vaguement à Abby son attitude de la veille. Elle se cacha derrière sa mèche de cheveux pensant intérieurement qu'il était plus que temps qu'elle fasse un tour chez le coiffeur.
Les pensées dansaient dans la pièce comme de joyeux fanfarons en quête d'explication rationnelle quelconque. Que s'était-il passé cette nuit ? Qu'avaient-ils fait ? Comment avaient-ils pu seulement y penser une seule seconde ? Si seulement toute cette mascarade dénuée de sens n'étaient qu'une bonne plaisanterie du destin. Foutu destin qu'on ne peut redessiner à coups de gomme et de traits de crayon.
Ratures et traits hésitants. Rien ne sera plus comme avant. Oui mais avant quoi, au juste ?
Abby, remuée par la tourmente, quitta la table pour aller s'enfermer dans sa chambre ou plutôt dans la chambre de Tom à l'intérieur de laquelle elle avait élu domicile. A l'étage inférieur, la conversation attendait d'être entamée par celui qui ferait le premier pas au sein de cette zone dangereuse qu'est le jardin secret de l'autre.
-
Qu'est-ce qui se passe ? questionna Bill, gêné par le silence. La fierté était mise de côté le temps d'une conversation qui se révélait nécessaire voire indispensable et la glace était brisée entre les deux frères
-
Il se passe rien bougonna Tom, le ventre noué.
-
Ouais, bon je vois que c'est pas la peine d'essayer de savoir quoi que ce soit ici dit Bill, se levant de sa chaise et quittant la table.
-
On a fait une connerie avoua enfin Tom, le regard plongé dans son bol maintenant vide.
-
Quel genre de connerie ? demanda Bill, se doutant tout de même de quelle nature serait la réponse de son frère.
Tom leva les yeux et pris soin de faire passer son message le plus explicitement possible. Trop honteux, il refusait de dévoiler tout haut les faits de la nuit précédente. Alors, il utilisa sa pseudo connexion entre lui et son jumeau afin de faire passer le message. Avait-il été reçu ? Visiblement car le sourire de Bill s'affaissa et fit place à une moue désolée et compréhensive.
-
Tu peux tout me dire, tu sais. Je te jugerai pas encouragea Bill à l'aide d'un sourire en coin. Il posa sa main sur l 'épaule de Tom et la massa doucement.
-
J'ai merdé. J'ai vraiment trop honte de ce que j'ai fais. J'te jure, ça me rend malade. On s'était fixé des limites et putain, on les a dépassées. Ca n'aurait jamais du se produire mais j'ai été ... je sais pas, emporté. Totalement décontenancé, Tom soupira et enfoui sa tête entre ses mains
Je l'aime Bill, je l'aime beaucoup trop, merde. -
Et alors ? questionna-t-il, déboussolé par le raisonnement de son frère
-
Et alors !? Tu oses me poser cette question ? dit Tom, haussant le ton. Il ne pouvait pas envisager que l'idée ait fait pareil cheminement dans l'esprit de Bill.
-
Je vois juste pas où est le problème dans le fait que tu l'aimes puisque de toute façon, ça a toujours été comme ça. Tom ne remarqua pas le ton cassé dans la voix de son jumeau.
-
Aha. Je vois. Mais tu peux pas comprendre ça, toi. L'amour .. T'as aucune idée de ce que c'est. La baise, y a que ça de vrai chez toi. Les mots de Tom firent l'effet d'une centaine de poignards enfoncés tour à tour dans le c½ur de Bill. Sans prendre la peine de débarrasser la table, le dreadeux se leva et quitta la pièce d'un pas lourd laissant pour compte l'androgyne bouche-bée devant son bol de céréales encore à moitié rempli – ou à moitié vide, c'est selon. Il ne pouvait pas croire à ces mots. De tels mots n'avaient pu sortir de la bouche de son propre frère. Et son regard ... Plein de reproches et de dégoût.
Finalement, peut-être l'avait-il mérité. Sans doute manquait-il, lui aussi, à son jumeau. Du moins, il aimerait y croire ...
A son tour, il monta les escaliers pour aller s'enfermer dans sa chambre.
Seul.
A l'étage supérieur, Tom se trouvait posté devant la porte de sa propre chambre. Abby s'y trouvait, il le savait, il entendait les sanglots qu'elle tentait tant bien que mal de dissimuler en les étouffant au creux d'un coussin. Entendre Abby, sa toute petite s½ur, verser des larmes par sa faute lui donnait la nausée. Putain, mais qu'avaient-ils fait bon sang ? Leurs actes passés n'avaient aucun sens, pas le moindre non.
Tom prit une bouffée d'air, posa sa main sur la clinche et ouvrit lentement la porte. Sa tête passa la première l'embrasure de la porte afin d'être sûr de déranger le moins possible Abby. Alors qu'il la voyait allongée sur les draps, dos à lui et hoquetant à cause de ses pleurs, Tom ne put empêcher les larmes de lui monter aux yeux. Il s'en voulait tellement bien qu'au fond, cette nuit avait été une des plus belles de son existence. Après s'être assuré qu'Abby ne l'avait pas entendu, Tom pénétra dans sa chambre
Il hésita. Allait-il près d'elle pour la consoler ou la laissait-elle se soulager?
Comme si les pensées du blond avaient été entendues, Abby se retourna doucement. Elle passa sa main sur son visage aux yeux rougis afin essuyer les larmes qui continuaient à déferler sur ses joues pour aller s'écraser sur ses cuisses. Tom ne s'était jamais senti aussi mal qu'à cet instant. C'était à lui de sécher ses larmes et surtout pas à lui d'en être la cause première. Aucun mot n'avait encore été échangé, aucune excuse. S'excuser de quoi, au juste ?
-
Je ... commença Tom sans savoir pourquoi
-
Tais-toi, je veux rien savoir l'interrompit Abby, la voix brisée par les sanglots. Ses cheveux en bataille étaient posés sur ses épaules et chutaient dans son dos la rendant encore plus sublime malgré sa tête rougie d'avoir versé tant de larmes.
Ne me dis pas ce que tu penses, j'ai déjà assez mal comme ça. -
Je suis désolé, Abby. Putain m'en veux pas, je t'en supplie. J'aurais pas du ... je regrette. -
C'est bien ça le problème, Tom. -
Quoi ? -
Tu regrettes ... acheva Abby avant de se lever pour quitter, une nouvelle fois, la pièce.
Attirance inavouée. Sourires brisés.
____________________
Voili, voilou mes chères lectrices : ) J'espère que ca chapitre vous aura plu. Dites-moi tout. Ce qui était bien, moins bien, à chier. Les passages que vous avez aimé ou pas. Tout ce que vous voulez.
Merci de me lire, encore et toujours : ) Et surtout, merci de patienter.
Bisous.
Saam'